#3 Un Musée d’histoire du Grand Lille et de ses habitants

L’enjeu de la mise en valeur de l’histoire de Lille, et, au-delà, de son agglomération et de toute sa région, mais aussi de ses habitants dans toute leur diversité, n’est pas seulement un enjeu patrimonial ou touristique : c’est d’abord un enjeu culturel, aux différents sens du terme, un enjeu politique et de cohésion sociale.

Destinée à ses habitants, autant sinon plus qu’à ses visiteurs, cette promotion de l’histoire locale et régionale doit répondre au souci de forger, un réel sentiment d’appartenance.

Lille peut, certes, s’enorgueillir des très riches collections de son Palais des Beaux-Arts ou du dynamisme du Musée d’Histoire Naturelle, mais ni l’un ni l’autre n’ont vocation à retracer le destin tourmenté de la ville et de ses habitants. La création d’un nouveau musée consacré à l’histoire de Lille et de sa région serait sûrement jugée par beaucoup comme trop onéreuse, mais le seul exemple des efforts consentis par Dunkerque dans la promotion de son Musée portuaire montre que la tâche n’est pas impossible, à condition qu’elle soit menée avec ambition.

Nul, ici, ne cherche à remettre en cause les multiples initiatives promues par l’Office de tourisme de Lille et celui de ses voisins, mais il semble important de réfléchir à l’invention de nouveaux supports- nouvelles bornes d’information touristique et outils multimédias (l’« exposition » en plein air de vastes panneaux d’information qui accompagne les travaux de rénovation de l’Esplanade et de la Citadelle pourrait servir d’exemple) et surtout à l’aménagement d’un lieu qui pourrait devenir un véritable musée consacré à l’histoire de Lille et de sa région combinant cartes, tableaux, photographies ou encore vidéos retraçant le parcours des habitants de notre territoire dont une partie vient des quatre coins du monde.

En effet, la richesse culturelle de nos habitants ne peut être ignorée et un simple musée du territoire ne peut aujourd’hui suffire. L’histoire du Grand Lille prend ses racines dans sa terre, mais aussi dans celle d’Algérie, du Vietnam, de Pologne, de Belgique, du Sénégal, etc. etc.

Le cadre idéal aurait été celui de la Citadelle construite par Vauban, mais elle est restée propriété du Ministère de la Défense. Celui de l’Hospice Comtesse apparaît, quant à lui, comme trop restreint.

Alors où pourrait-on mener à bien ce projet ? Des contraintes financières et techniques interdisent peut-être le choix de tel ou tel bâtiment, mais on pourrait suggérer le site de l’Hôpital général, avenue du Peuple Belge dans le Vieux Lille, sinon celui de certains vastes entrepôts que, à la lisière de Lille et de Lambersart, le Port de Lille pourrait vouloir abandonner dans les prochaines années… Dans les deux cas, ce musée pourrait être, en plus, la figure de proue d’une vaste et ambitieuse requalification urbaine.

Las des clichés « parisianistes » d’une région grise et sinistrée que l’ignorance seule laisse perdurer, nos habitants réclament qu’on puisse reconnaître à leur territoire des atouts patrimoniaux dont la mise en valeur manque sinon d’ambition sinon de l’éparpillement d’initiatives notables mais trop isolées… Des falaises vertigineuses du Cap Blanc-Nez aux verdoyantes prairies de l’Avesnois, de la vaste Baie de Somme aux élégantes ondulations des Monts des Flandres ou des collines de l’Artois auxquels se mêle parfois la singulière silhouette des terrils, notre région, parsemée des flèches de ses cathédrales et de ses beffrois, présente une diversité de paysages façonnés autant par la nature que par des générations d’hommes dont le souvenir mérite d’être préservé et reconnu.

Un musée n’est pas forcément un musée de pierre. Le numérique peut nous permettre de créer un musée virtuel accessible à tous.

En couverture : exposition internationale du nord de la France – Archives du Nord – Album de la Chambre de Commerce

Une pensée sur “#3 Un Musée d’histoire du Grand Lille et de ses habitants

  • 26 mai 2016 à 5 h 42 min
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    Ce qui fonde un musée, c’est la collection. Le virtuel peut venir enrichir le propos mais non se substituer. Dans ce cas de figure on quitte le domaine muséal pour celui du centre d’interprétation. Le cadre évolutif me fait croire que l’idéal se situe aujourd’hui dans une formule mixte.

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