Avis (critique) concernant l’implantation du nouveau Palais de Justice Plaine Churchill à Lille

Avis concernant la localisation du nouveau Palais de Justice

Enquête publique

 

1/ Rappel du contexte

Il a été décidé, par la Mairie de Lille et le Ministère de la Justice, 

sans consultation préalable avec les habitants,

que le nouveau Palais de Justice, qui doit remplacer le bâtiment existant Avenue du peuple Belge, serait localisé, non loin de là, au niveau de la Plaine Winston Churchill correspondant actuellement, en référence au PLU en vigueur, à

“une zone urbaine récréative à vocation sportive, touristique et ludique, où toute construction ne peut être admise que de façon très limitée.”

2/ Avis de l’association Axe Culture

L’association Axe Culture émet un avis défavorable au projet, car le site retenu ne semble pas adapté pour recevoir un équipement d’une telle importance.

Voilà les arguments que nous aimerions mettre en exergue.

3/ Motifs
3.1. Aspects locaux

*Un espace récréatif sacrifié

La ville de Lille est connue pour la rareté de ses espaces verts et l’exiguïté de ses  terrains de jeux de plein air : gaspiller l’un d’entre eux est vraiment regrettable !

Le choix du site de la plaine Winston Churchill oblige, de ce fait, à modifier le PLU en vigueur qui visait justement à sauvegarder à cet emplacement une “zone urbaine récréative”.

* Un patrimoine naturel et historique négligé

Le site retenu s’inscrit, de surcroît, au coeur de la “ceinture verte” qui est censée relier la Citadelle au Parc Matisse, et correspond aux limites des anciennes fortifications dont le souvenir mériterait d’être valorisé autrement que sous la forme d’une nouvelle construction.

* Une accessibilité qui pose problème

L’un des arguments retenu pour l’aménagement d’un nouveau Palais de Justice concerne le problème de son accessibilité : déplacer l’actuel Palais de Justice à l’emplacement du site de la Plaine Winston Churchill, soit à environ 800 mètres de distance, ne saurait résoudre le problème de la saturation du trafic automobile dans un secteur connu pour la densité de la circulation.

L’ Avenue du Peuple Belge y gagnera en tranquillité mais l’accès au Vieux-Lille via la rue des Bateliers agrandie risque d’être souvent engorgé, à partir d’un boulevard périphérique nord (boulevards Robert Schumann et Pierre de Coubertin) très souvent encombré, voire saturé.

Les solutions envisagées pour développer la desserte en transports en commun semblent limitées : la Liane 5 prévue ne pourra à elle seule permettre la desserte d’un lieu fréquenté par des personnes venues bien au-delà des limites de la métropole lilloise. 

Que dire des problèmes de stationnement générés par la fréquentation du Palais de Justice, en sachant que seul un parking de 140 places est prévu et ce, à l’usage exclusif des personnels du Palais de Justice… Et les justiciables que nous sommes tous semblent voués à une “salutaire marche à pied”, puisque le rapport de l’enquête publique mentionne le fait qu’il ne faut que 20 à 25 minutes aux piétons pour rejoindre le nouveau Palais de Justice des gares Lille-Europe et Lille-Flandres !

Et qu’en disent les nombreux habitants des immeubles de la rue des Bateliers et de la rue Paul Ramadier qui verront affluer au pied de chez eux une circulation aussi envahissante que polluante !

Le Vieux-Lille est déjà asphyxié par l’automobile : déplacer dans un autre lieu que celui-ci le Palais de Justice permettrait d’éviter sa thrombose, et d’en promouvoir plutôt les dimensions patrimoniale, touristique, résidentielle et commerciale.

3.2. Aspects métropolitains

L’enquête publique nous apprend que, pour des raisons réglementaires, seule la commune de Lille peut recevoir sur son territoire le siège du Tribunal de grande instance.

On peut ici, mais c’est un autre débat, déplorer l’exiguïté du territoire communal lillois, qui pourrait s’étendre à bien des communes adjacentes et qui, donc, limite certains choix d’aménagement.

A ce titre Axe Culture milite depuis longtemps pour la fusion d’un certains nombre de communes autour de Lille. 

On peut aussi s’étonner de ce règlement qui oblige à renforcer une centralité lilloise qui conduit à l’asphyxie de Lille tout autant qu’à la déshérence des autres territoires métropolitains !

* Un projet de plus pour une centralité lilloise qui n’en a pas les capacités

La ville de Lille cannibalise les grands projets : le nouveau siège de la MEL, la nouvelle piscine olympique et maintenant le nouveau Palais de Justice : la ville de Lille souffre d’une sur-abondance de projets d’envergure métropolitaine voire régionale.

Conséquences : une saturation de cette centralité et l’explosion des prix de l’immobilier.

La métropole a besoin d’un centre-moteur, mais davantage au profit des activités économiques qu’à celui de fonctions administratives : la proximité de la gare TGV doit ainsi être un atout pour l’attractivité de l’activité économique privée, et réserver de nouveaux bâtiments à des institutions publiques crée une concurrence peu pertinente à l’installation de nouvelles entreprises privées en quête de bureaux.

Quelle ambition souhaitons nous pour notre coeur d’agglomération, être un immense centre administratif, ou un centre d’affaires ? La gare TGV connectée aux grandes capitales européennes est notre atout. Ne le gaspillons pas.

* Des territoires délaissés en attente d’un projet de développement

Au même moment, le versant nord-est de la métropole reste en crise !

La construction d’un  nouveau Palais de Justice pourrait pourtant être une merveilleuse opportunité pour développer des territoires en difficulté.

Et si, d’un point de vue réglementaire – un règlement aussi absurde ne peut-il cependant être modifié ?- il faut choisir un site localisé dans les limites territoriales de la commune de Lille, n’y aurait-il pas d’autres lieux plus appropriés ? Un lieu qui permettrait de faire effet de levier et de créer une nouvelle dynamique urbaine, plutôt que d’être installé au bord d’une route… !

3.3. Proposition pour la localisation du nouveau Palais de Justice

*Choisir un site qui correspond aux exigences des fonctions d’un Palais de Justice

Sans ignorer l’importance des accès en voiture, un site à proximité immédiate d’un transport en commun en site propre : métro ou tramway.

Un projet qui joue un véritable rôle de levier pour le développement urbain.

Un projet qui équilibre les flux et le de transport à l’échelle de la métropole lilloise.

*Quelques propositions de site (sans exclusive)

Zone de l’Union ou dans le secteur immédiat sur un terrain disponible.

Ancien site Transpole à Marcq-en-Baroeul  (dans la perspective d’une valorisation du Grand Boulevard)

Lille Sud.

ou toute autre solution jugée plus pertinente.

2 pensées sur “Avis (critique) concernant l’implantation du nouveau Palais de Justice Plaine Churchill à Lille

  • 5 décembre 2017 à 14 h 31 min
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    Merci pour cet article nécessaire… La plaine Winston Churchill, ce bon vieux no man’s land vert de périphérie, encerclé par les immeubles et le traffic, une sorte de zone à protéger pour qu’il reste dans ce coin-là un semblant d’équilibre entre l’asphalte et le gazon.

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  • 16 décembre 2017 à 15 h 12 min
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    Je souscris à votre analyse. Comme vous le démontrez, le choix du site du nouveau bâtiment destiné à accueillir le Palais de justice semble s’appuyer sur une réflexion insuffisante, pour ne pas dire indigente. Outre les importantes difficultés relevées en matière de desserte, il existe une contradiction entre la vocation affirmée depuis de nombreuses années par la Ville de Lille pour ce site (une plaine de sports et de loisirs de plein air pour laquelle elle a déjà engagé des investissements) et la nouvelle destibnation souhaitée.
    Aux quelques sites proposant une alternative, que vous évoquez, et pour rester lillois « srticto sensu » si tant est qu’aucune dérogation n’est possible à la réglementation voulant que le Palais de justice soit sur le territoire communal de Lille, on pourrait ajouter la partie du port de Lille ayant fait l’objet d’une hypothèse d’ouverture à l’urbanisation, boulevard de la Lorraine entre les rues de Turenne et Colbert. Ce secteur desservi par le métro (station Port de Lille sur la ligne 2) a fait l’objet d’une étude préalable confiée à Bernardo Secchi et Paola Vigano, qui est restée au fond d’un tiroir à la ville de Llle comme au Port. La réalisation du nouveau bâtiment du Palais de justice sur ce site serait une superbe « locomotive » pour un nouveau quartier au bord de l’eau.

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