Précipitation et manque de conviction pour le vélo à Lille

1/ De l’empressement après 20 ans de lenteur

En matière de vélo, la ville de Lille agit tard, très tard.
Les voies cyclables temporaires réalisées aujourd’hui ne sont que le révélateur d’une action très insuffisante depuis des années.

La ville est en capacité aujourd’hui de réaliser des aménagements dans l’urgence, quand elle a été incapable pendant 20 ans de créer le véritable changement que nous attendons, à savoir la création de pistes cyclables sécurisées.
Pendant ce temps, depuis des années, parfois des décennies, de nombreuses villes françaises et européennes ont développé des infrastructures ambitieuses pour favoriser la pratique du vélo dans leur ville.
C’est le cas des villes voisines de Belgique, mais aussi en France de Strasbourg, Bordeaux et Nantes qui ont reçu le titre des villes les plus cyclables en France par la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB).

2/ Un service minimum pour un réveil tardif

En mars déjà, des villes ont mis en place des voies cyclables temporaires en protégeant le cycliste grâce à des aménagements légers.

Cette initiative est très bénéfique car elle nous permettra sans doute de faire un pas en avant en matière de mobilité à vélo. Néanmoins, en prenant des mesures plus d’un mois après de nombreuses autres villes, la municipalité lilloise montre qu’elle agit tardivement et sans conviction.


Des voies cyclables souvent plus clairement délimitées dans d’autres villes

Les pistes cyclables en milieu urbain peuvent être dangereuses si elles ne sont pas assez bien délimités par rapport aux espaces dédiés à la voiture.
C’est pour cette raison que plusieurs villes ont accompagné la réalisation des pistes par des aménagements qui délimitent plus clairement la frontière entre pistes cyclables et voies réservées aux voitures.

La ville de Lille propose depuis le 4 mai des bandes jaunes avec quelques plots blancs, comme seule délimitation entre la voie cyclable et celle dédiée aux voitures.

3/ Une approche communale quand la mobilité est métropolitaine

Les déplacements ne se font pas à l’échelle communale, mais à celle de la métropole lilloise, voire au-delà. Pour aller au travail, faire les études et la consommation, les habitants traversent chaque jour les frontières de leur commune.

Rappelons que les 2/3 des emplois localisés à Lille sont occupés par des personnes qui n’habitent pas à Lille. En même temps 1/3 des lillois travaillent à l’extérieur de leur commune.
Ainsi, proposer des pistes uniquement à Lille ne pourra résoudre le problème de ceux qui traversent plusieurs communes.

Ajoutons que, fait à la va-vite, ce plan n’a donc pas pu faire l’objet d’un processus de concertation. Chacun lira dans la presse ce qui se trame, ou le constatera en voiture, à pied ou à vélo. A notre connaissance, pas de plan d’action.

Ce manque de concertation, qui est le fruit de l’improvisation, entraînera des incohérences et donc de l’inefficacité.

Enfin plusieurs questions apparaissent : quid du partage dangereux des voies entre vélo et bus, notamment rue nationale et boulevard Vauban ? Beaucoup de questions se posent et nous ne savons pas comment les solutions seront apportées.

Une passerelle vélo à Copenhague. Le genre d’infrastructure dont nous avons besoin sur la métropole lilloise pour développer le vélo au-delà des ruptures urbaines.

En conclusion, il faut engager une politique ambitieuse en faveur du vélo avec conviction !

La ville agit sous la menace d’un virus. Si cette intention est compréhensible, elle montre néanmoins l’absence de stratégie de la ville en matière de vélo depuis 20 années.

La conviction : préalable indispensable à une politique cyclable volontaire
Pour que Lille devienne vraiment une ville cyclable, nous avons besoin d’un électrochoc et surtout d‘une CONVICTION, celle que le vélo peut devenir un mode de déplacement majeur dans notre ville comme dans notre métropole.

Créer les bonnes infrastructures pour rendre possible la circulation à vélo entre Lille et les villes voisines.
* proposer des pistes cyclables sécurisées sur tous les grands axes de la ville.
* élargir les ponts qui enjambent les autoroutes et les rivières pour faciliter le passage des piétons et des vélos.
créer une nouvelle passerelle entre Fives et le centre ville de Lille.
* multiplier les possibilités de stationnement de vélo dans toute la ville et notamment dans les parkings souterrains.

Travailler enfin à l’échelle métropolitaine
Les villes de la métropole ne peuvent plus se permettre de travailler sans concertation avec leurs villes voisines.
Il est temps de penser le trajet du cycliste qui dépasse souvent très largement les limites des communes.

Image mise en avant / Voix du Nord.